Des lunettes de soleil et des gueules d’ange. Un rock approximatif, qui fonctionne…à cause du public. Un gramme de superficialité, un peu de lucidité, et surtout, un style qui n’est que de la chanson française rockée…rien de nouveau. Voilà mon avis sur le concert qui se déroule sous mes yeux, je suis bousculé par des fans énervés, bloc-notes en main, une vingtaine de crayons d’avance, au cas où ils viendraient à tomber. J’ai déjà trouvé ce rock stupide à plusieurs reprises, jusqu’à que cela devienne un fait approuvé. Les gueules d’ange ne feront pas de la planète un havre de paix. Quel intérêt alors ? Et bien, malgré tout, il est encore autorisé de s’amuser, de passer le temps. Paf, un crayon à terre. (J’insulte l’excité qui se trémousse à mes côtés, il n’entend rien. Ou bien il ne sait pas trop si je l’insulte ou si je luis fais part de mon goût pour le concert ; en somme il rit et ne fait pas la différence entre le crachat et la salive…) Et donc s’amuser lors de ce concert rock, sous le soleil, un soleil étouffant presque, et qui appelle à se désaltérer. Se poser, puis s’enfoncer dans la foule, et agiter les bras à la venue des artistes. Quelques cris pour l'extérieur, de la joie, et à l'intérieur empli inconsciemment d’une haine bâtarde. Car je sais que 95% du public n’envisage pas d’être sur la scène, non pour danser, mais pour eux-mêmes donner leur concert. Inversant les rôles. En auront-ils le panache ? Le gars que je viens d’insulter, à coup sûr, ne l’aura jamais. N’aura jamais cette étincelle pour faire vibrer le public, pour l’amener à lever les bras, à hurler. Et là, mon crayon vient de tomber et de se perdre sous les pieds du public. J’en prends un autre évidemment et continue d’écrire, tout en me faisant bousculer, et huer ? J’ai cru entendre un huement dirigé vers moi. Je garde mon calme, à l’intérieur de la foule je ne suis pas grand-chose. Et mon bloc-notes ne pourra pas me sauver. Je décide alors de m’écarter un peu. Pour respirer. Mais, et là je ne rêve plus, je sens des pieds me frapper, des pieds me frapper un peu partout. Merde. La foule me presse, elle ne veut pas que je m’en aille, je crois qu’elle veut m’étouffer, me tabasser. Mon bloc-notes ne me sauvera pas. Mais mes crayons…c’est alors que je commence à crever les yeux du public à coups de crayon, violemment. Violemment et en hurlant plus fort qu’eux. Et alors que je commence à en voir la fin, que le public devenu aveugle, pleure, agonise et rampe, le groupe de rock lui devient plus visible. Je peux voir que tout en continuant de jouer il me regarde en souriant. Il me fait même un clin d’œil. Comme pour me remercier.